mercredi, 04 mai 2011

Enseignant révoqué et déontologie

Entre presse sérieuse et presse à scandales, il faut choisir son camp. Du moins le pensais-je. La Tribune de Genève m'a prouvé le contraire.

Dans un encadré accompagnant l'un de ses premiers articles sur l'affaire de l'enseignant révoqué, notre chère Julie nous confie avoir choisi de ne pas nommer l'homme en question. Ce qui, après tout, relève de la déontologie journalistique la plus élémentaire. Seulement voilà: à la lecture dudit article, le lecteur est allègrement redirigé vers le quotidien gratuit 20 Minutes, lequel - et il assume, lui - n'a pas hésité à révéler l'identité du prof incriminé. Les germanophones en auront même découvert une photographie non floutée sur 20 Minuten ("Noch eine Genferei", doit-on murmurer outre-Sarine).

Déontologie, je t'aime moi non plus, bien au contraire. Ou quand la Tribune se comporte en Bayrou de la presse.

mercredi, 13 octobre 2010

L'autorisation de voyage aux États-Unis devenue payante

Je viens de le remarquer au hasard d'une visite sur le site d'une compagnine aérienne : l'ESTA, la fameuse autorisation électronique de voyage, dont l'obtention est indispensable à tout voyageur désireux de se rendre aux États-Unis sans visa, est devenue payante. Et ce, depuis un mois déjà. Toute personne se rendant au ou transitant par le pays de l'oncle Sam doit donc désormais, outre s'astreindre au remplissage d'un formulaire en ligne, s'acquitter de la somme de quatorze dollars : quatre, ai-je lu, pour dédommager les fonctionnaires étazuniens de tout le travail administratif qu'on leur inflige en sollicitant une autorisation de ce type - mais qui penserait à indemniser le voyageur non fonctionnaire et non étazunien qui passe trente bonnes minutes à remplir un formulaire au goût douteux? - et dix pour la promotion du tourisme.

La promotion du tourisme? Moi qui ai eu la charmante occasion de remplir ledit formulaire avant un voyage réalisé il y a peu, à cette belle époque où tout était encore gratuit (au niveau du formulaire, entendons-nous), je crois pouvoir affirmer que le système d'autorisation ESTA, à lui seul, participe bien assez de la promotion du tourisme au pays de Mickey. Nul besoin, en effet, d'encaisser dix dollars pour rendre l'endroit plus accueillant : il l'est déjà follement. Que l'on me demande des coordonnées de base, telles que nom et prénom, assorties du numéro figurant sur mon passeport et la date d'échéance d'icelui, je le comprends parfaitement ; ma date de naissance? je rechigne à la révéler, mais je m'en remettrai à mes charmes pour convaincre M. Obama de la garder pour lui. Mon adresse postale sur place? Cela peut être utile. Si je l'oublie à la suite d'une soirée bien arrosée, je pourrai toujours aller la réclamer à un douanier. Mais arrêtons là cet inventaire à la Prévert, ce n'est pas tant ce qui nous occupe ici.

Ce qui m'a davantage interpellé, ce sont les questions qui suivaient ces coordonnées. Oh! de simples petites questions toutes bêtes, dans le fond. Pour vous en donner un aperçu non exhaustif, je les paraphrase, ne les ayant bien sûr pas apprises par coeur, mais cela donne quelque chose comme:

  • avez-vous déjà participé à un génocide?
  • avez-vous collaboré avec l'Allemagne nazie entre 1933 et 1945?
  • avez-vous déjà kidnappé un enfant citoyen américain pour le ramener en souvenir chez vous?
  • venez-vous dans notre beau pays pour y perpétrer de méchants attentats terroristes?

D'innocentes petites questions donc (rassurez-vous chers lecteurs, pour une fois, j'ai été un parfait neinsager), suivies d'avertissements très sérieux vous signalant que vous n'avez en aucun cas le droit de travailler aux USA ni d'y suivre une quelconque formation. Dans le genre accueillant, on ne fait pas mieux. Ce n'est pas que je vais regretter les dix dollars la prochaine fois que j'aurai à solliciter une autorisation ESTA, mais je me dis tout de même que de la part de gens qui, après s'être assurés que vous n'êtes pas ni un terroriste, ni un Nazi, vous signifient clairement que vous n'avez aucun autre droit, sur leurs terres, que d'injecter votre argent dans leur économie, j'aurais aimé entendre un Welcome and thank you à mon arrivée en lieu et place du prélèvement obligatoire de mes empreintes digitales.

Bref, un voyage est un voyage, et celui-là, je l'avoue, eut tout de même son lot de bonnes découvertes une fois passées les formalités. Mais les Américains désireux de se rendre en Europe, font-ils l'objet d'autant de tracasseries administratives avant ou à leur arrivée chez nous? De toute évidence, la réciprocité n'est pas de mise.

dimanche, 10 octobre 2010

Un millier de Genevois. Et MOA, et MOA, et MOA ?

Eh bien pas moi. Je n'y étais pas. Je dois dire que la fermeture du Music On Air m'indiffère grandement.

Le MOA, je l'ai fréquenté, principalement à ses débuts. Je me souviens de l'ambiance bon enfant qui y régnait: un vulgaire entrepôt dans une zone industrielle, aménagé sommairement. À l'entrée, une petite cabine posée sur le sol, de laquelle un employé encaissait le prix d'entrée - après minuit, parce qu'à l'époque, avant, c'était gratuit ! Un vestiaire rudimentaire, souvent plein à craquer en période d'affluence. Puis un long couloir un peu triste, agrémenté de tables et de chaises sur lesquelles les clubbers fatigués pouvaient souffler un peu, avant de retourner s'abreuver à des prix vraiment très bas au bar de la grande salle, dans laquelle retentissait une musique sortant d'une installation bas-de-gamme mais bien suffisante. Tout cela ne payait pas de mine, mais je me rappelle y avoir passé de très bonnes soirées.

Puis vint le grand succès. Paf, aïe, c'est là que ça cloche. Un succès manifestement quelque peu monté à la tête des organisateurs. Désormais, plus question de s'asseoir à une table sans avoir au préalable commandé une bouteille de vodka vendue vingt francs à la Coop, mais beaucoup plus sur place. Certes, on n'atteint pas encore les soixante francs par litre de coca exigés par des Bypass, des Platinum, des Javas ou autres boîtes huppées de Calvingrad, mais la hausse du coût de la vie nocturne se fait cruellement sentir à Vernier. Tout comme la disparition des entrées gratuites. En même temps, de grands travaux sont entrepris. L'endroit est redécoré. La sono est changée, sans doute dans l'espoir de mieux accueillir de grands noms de la musique électronique. Un nouveau bar est créé à l'étage. Ce n'est plus tout à fait l'entrepôt qu'on avait connu. Ce n'est pas encore tout à fait le Bypass. C'est quelque chose de mal défini, entre les deux - un peu comme les prix y pratiqués.

Depuis lors, je ne me rends plus guère au MOA qu'à l'occasion des soirées gays qu'il organise de temps à autre. Je remarque qu'à ces occasions, les prix d'entrée et des boissons sont souvent fortement majorés. Les homos sont tous pleins aux as, non? Ces chers clichés... Des soirées, donc, où je me rends bon an mal an, vu le manque cruel d'événements sur la scène LGBT genevoise. Puis les soirées gays ont cessé, à la suite d'un mystérieux différend opposant responsables du club et organisateurs desdites soirées. Je ne suis plus retourné au MOA.

Dans l'absolu, sa fermeture ne me dérange donc pas. Ce que je me demande, dans cette énième genevoiserie comme on les aime tant, c'est, pour schématiser, qui a raison, et qui a tort. Doit-on vraiment, comme de coutume, accabler le petit Éric de tous les maux de la terre, ou est-ce plutôt la faute à Unger? ou à Künzler? ou à Müller? Soyons optimistes, on arrivera au moins à blâmer quelqu'un en "-er". À moins que ce ne soit la Cour des comptes. Et merde.

Ce qui me turlupine encore, ce sont ces installations de sécurité prétendument manquantes. Comment se fait-il qu'elles n'aient pas été réalisées au cours des travaux dont j'ai parlé plus haut? Et comment se fait-il que ces travaux ont pu être réalisés, alors que pour ceux qu'on réclame au MOA maintenant, s'ils venaient à être faits, le loyer passerait de 8000 à 35 000 francs mensuels? Une belle hausse, soit dit en passant ; le gérant avait-il fait preuve d'une forme de clairvoyance extra-lucide, en décidant d'augmenter le prix des boissons quelques années auparavant?

Bref. Tout cela ne m'atteint guère, puisque je n'y vais plus. Il n'en reste pas moins que, au milieu de toutes ces bisbilles, des jeunes désoeuvrés vont se retrouver avec peu de choix possibles ces prochaines fins de semaine: s'entasser à l'Usine, sur laquelle un élu quelconque ne tardera pas à jeter l'opprobre en invoquant un manque de sécurité, rouler jusqu'à Lausanne, ville certes plus vivante mais bien moins proche de la maison quand il s'agit d'en revenir avec un verre dans le nez, ou encore s'adonner de nouveau à ces charmants botellons qui avaient si élégamment animé nos espaces publics il y a quelque temps.

Alors, MOA culpa ?